Des mesures coercitives oui, mais lesquelles?

Je me réjouis de voir que Francis Vailles publie aujourd’hui dans La Presse un véritable cri du coeur sur l’état de la planète et sur l’irresponsabilité du Québec au sujet des changements climatiques.

« La réduction des GES nécessite des mesures coercitives et ne se réglera pas selon le bon vouloir des particuliers et des entreprises. Le gouvernement doit agir, misère, la planète brûle.»

Je suis d’accord sur le fait qu’on ne pourra pas seulement miser sur les actions individuelles — je le disais d’ailleurs hier. Il va falloir des actions collectives fortes, portées avec leadership par les gouvernements. Il faudra aussi très probablement des mesures coercitives. Mais lesquelles?

Si le chroniqueur a raison de pointer l’importance de l’étalement urbain dans les émissions de gaz à effets de serre — notamment par son impact sur les transports, et sur l’omniprésence de l’automobile, je m’interroge quand il pointe du doigt les banlieusards comme il le fait.

Est-ce que de dire que l’étalement urbain est un grave problème permet de dire que ceux qui résident en banlieue en sont responsables? Je ne le crois pas. Ce n’est pas si simple.

Francis Vailles présente les banlieusards comme des égoïstes qui privilégient leur qualité de vie aux dépens des villes centrales et de l’environnement (je caricature un peu, n’empêche). Mais est-ce vraiment si simple? Est-ce que ceux qui résident en banlieue le font toujours par choix? Est-ce qu’ils ont vraiment choisi de passer autant de temps dans leur véhicule? N’y a-t-il pas des forces économiques lourdes qui les y amènent?

Je pense qu’ignorer l’influence de tels facteurs — et croire qu’on pourra régler le problème en ajoutant simplement des surtaxes sur l’essence, en imposant des péages, etc. — c’est paver la voie à des mouvements du même type que les gilets jaunes en France.

Le message des gilets jaunes s’est brouillé au fil des mois (et/ou il s’est confondu dans ceux d’une foule d’autres mouvements) mais rappelons-nous qu’il était assez simple au départ — quelque chose comme:

« On n’est pas riches, les fins de mois sont difficiles, et on a besoin de nos bagnoles pour aller travailler, alors c’est injuste de taxer l’essence alors que vous ne taxez pas le kérosène des avions que vous prenez pour aller passer des vacances dans le sud. »

N’est-ce pas? N’est-il pas vrai que l’empreinte écologique des plus fortunés est considérablement plus importante que celle des plus pauvres?

On m’objectera que ce ne sont pas les plus pauvres qui vivent en banlieue, que c’est plutôt la classe moyenne. Certes, mais je crois que Naomi Klein a raison de rappeler que toute prétendue solution aux changements climatiques qui néglige d’aborder les inégalités économiques et sociales est forcément vouée à l’échec.

Et je pense qu’un moyen simple d’éviter ce piège, c’est que ceux et celles qui sont en situation d’exercer une influence (sur les politiques, sur l’opinion publique, etc.) commencent par proposer des mesures coercitives qui les concernent directement plutôt que de se tourner vers les autres.

C’est trop facile de dire aux autres que c’est à eux de changer leurs comportements — que ce sont eux qui sont à la source des problèmes.

Sans compter que cette attitude contribue à créer une dynamique de conflit social qu’il me semble à tout prix devoir être évité.

Je crois qu’on a plus de chance de surmonter le défi des changements climatiques ensemble, en se serrant les coudes, qu’en s’accusant les uns les autres.

3 réponses sur « Des mesures coercitives oui, mais lesquelles? »

  1. Son idée de péage intense, je veux bien, mais faudrait d’abord offrir une façon décente d’arriver en ville par transport en commun! (Et ensuite de s’y déplacer décemment. C’est pas gagné!)

    La densification, j’ai beau comprendre que c’est mieux pour la planète, etc., mais rien ne change un fait bien simple: vivre avec des voisins dessous, dessus et de tous les côtés, je ne suis pas capable. Ou en fait, je suis capable (comme n’importe qui en situation de survie je m’adapterais), mais sans pouvoir dire que j’ai une quelconque qualité de vie. C’est facile de dire « vive la ville » quand c’est un milieu qui nous convient. Dans le milieu qui me convient, à moi, la voiture sera nécessaire jusqu’à ce qu’on invente mieux.

    Pas évident!

  2. Moi aussi, je ne suis plus capable de ceux qui accusent les banlieusards. Il y a des raisons, et pas toujours économiques, qui font qu’on reste en banlieue et ce n’est certainement pas parce qu’on est inconscient et peu soucieux de l’environnement.
    Personnellement, ce sont des raisons familiales qui font que je reste en banlieue (garde partagée de ma fille et mes parents qui sont tout près et qui commencent à vieillir). Parfois, et souvent même, le côté humain est beaucoup plus important.
    Il faut trouver des façons de respecter les décisions de chacun et travailler ensemble au bien-être collectif.

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